Chaque année, du 1er au 7 août, la communauté internationale célèbre la Semaine mondiale de l’allaitement maternel. Portée depuis 1992 par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et l’UNICEF, cette mobilisation annuelle vise à rappeler l’importance de l’allaitement pour la santé des mères et des enfants, et à renforcer le soutien des sociétés à cette pratique.
Au Tchad, cette semaine est aussi l’occasion de poser une question plus large, au cœur de la mission du PILC : que dit la loi sur la protection de la santé reproductive des femmes, et ces droits sont-ils réellement connus et respectés ?
Un cadre légal qui existe, mais reste largement méconnu
Le Tchad dispose d’un ensemble de textes qui reconnaissent et protègent les droits des femmes en matière de santé reproductive. Trois d’entre eux structurent particulièrement ce cadre.
La Loi n° 006/PR/2002 relative à la santé de la reproduction
Ce texte fondateur pose les bases du droit de chaque personne, et en particulier de chaque femme, à accéder à l’information et aux services liés à la santé reproductive : suivi de grossesse, accouchement assisté, planification familiale, prévention des complications obstétricales. Il consacre le principe selon lequel ces services doivent être accessibles sans discrimination, quelle que soit la situation sociale, l’âge ou le lieu de résidence de la femme concernée.
Le Protocole de Maputo
En ratifiant le Protocole à la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique, plus connu sous le nom de Protocole de Maputo, le Tchad s’est engagé au niveau continental à garantir aux femmes le droit à la santé, y compris la santé sexuelle et reproductive. Ce texte va plus loin que de nombreuses législations nationales : il reconnaît explicitement le droit des femmes à décider du nombre et de l’espacement de leurs enfants, ainsi que le droit à une protection contre les pratiques et violences qui portent atteinte à leur santé reproductive.
Le Plan National de Développement Sanitaire (PNDS) 2023-2027
Sur le plan opérationnel, le PNDS 2023-2027 traduit ces engagements juridiques en priorités de santé publique. Il fixe des objectifs concrets pour améliorer l’accès des femmes, en particulier dans les zones rurales et les régions les plus enclavées, aux soins de santé maternelle et reproductive, et pour réduire la mortalité maternelle et néonatale au Tchad.
Ce que ces textes garantissent concrètement
Pris ensemble, ce cadre légal reconnaît à chaque femme tchadienne :
- Le droit d’être informée, de manière claire et compréhensible, sur sa santé reproductive et les services disponibles ;
- Le droit d’être accompagnée durant la grossesse, l’accouchement et la période postnatale, y compris pour l’allaitement ;
- Le droit d’être protégée contre toute forme de discrimination, de contrainte ou de violence liée à sa santé reproductive ;
- Le droit de décider, librement et en connaissance de cause, des questions relatives à sa fécondité et à sa santé.
Ces droits ne sont pas de simples principes abstraits : ils ont vocation à s’appliquer concrètement, dans chaque centre de santé, chaque maternité, chaque foyer.
Une réalité contrastée sur le terrain
Dans les faits, l’écart entre ce que garantit la loi et ce que vivent de nombreuses femmes reste important. Dans plusieurs localités où intervient le PILC, l’accès à l’information sur ces droits demeure limité, en particulier pour les jeunes femmes vivant en zone rurale, souvent éloignées des centres de santé et peu informées des recours possibles en cas de manquement.
Cette méconnaissance a des conséquences concrètes : des femmes qui n’osent pas réclamer un accompagnement pourtant dû, des jeunes filles qui ignorent vers qui se tourner en cas de difficulté, des familles qui subissent des pratiques contraires à ces droits faute de connaître les textes qui les protègent.
L’engagement du PILC
C’est précisément pour combler cet écart que le PILC, avec l’appui de Dambé Funds Sahel, met en œuvre met à l’oeuvre le projet “Promotion à la Santé et aux Droits Sexuels et Reproductifs au Tchad” afin d’organiser des formations, des plaidoyers et des sensibilisation aux droits en matière de santé sexuelle et reproductive.
L’objectif n’est pas seulement de faire connaître la loi, mais de donner aux femmes et aux jeunes les moyens concrets de la faire respecter : savoir vers qui se tourner, quelles questions poser, quels recours existent en cas de manquement.
Connaître ses droits, c’est déjà commencer à les faire respecter
À l’occasion de cette Semaine mondiale de l’allaitement maternel, le PILC invite chaque femme, chaque famille et chaque acteur de santé au Tchad à s’approprier ces textes qui, sur le papier, protègent déjà les mères et leurs enfants. Le chemin vers leur pleine application passe par l’information, la sensibilisation, et l’accompagnement de proximité — c’est tout le sens de l’engagement quotidien du PILC aux côtés des communautés les plus vulnérables.
Pour en savoir plus sur vos droits en matière de santé sexuelle et reproductive, ou pour signaler une situation nécessitant un accompagnement juridique, contactez le PILC.







